À Biarritz, à l’occasion d’un voyage organisé par Tudor, nous avons rencontré Clément Roseyro, l’un des visages de la nouvelle génération du surf français. Né à Paris mais élevé sur la côte basque, Clément découvre le surf très jeune à Anglet, avant de multiplier les expériences dans l’océan : longboard, kitesurf, foil, wing, sauvetage côtier, apnée et, aujourd’hui, surf de grosses vagues. Une trajectoire singulière qui l’a conduit jusqu’à Nazaré, où il s’est imposé parmi les surfeurs de big waves les plus remarqués de sa génération. Mais derrière les images spectaculaires de vagues géantes et les performances qui ont construit sa réputation, c’est surtout une autre histoire qui nous intéresse : celle d’un surfeur qui a choisi d’explorer l’océan par toutes ses portes d’entrée et qui continue de chercher, avant tout, le plaisir, la précision et la beauté du geste.

De la côte basque au French Waterman
À Biarritz, parler avec Clément Roseyro, c’est rapidement comprendre que le surf ne se résume pas pour lui à une discipline. Clément Roseyro a construit son parcours en passant d’une pratique à l’autre, avec une curiosité qui semble être l’un de ses moteurs essentiels. Ce qui pourrait apparaître comme un parcours dispersé a finalement formé un ensemble très cohérent. Chaque discipline lui a apporté quelque chose : le foil lui a appris la précision, le longboard le déplacement et le placement sur une grande planche, le kite la vitesse et la lecture du plan d’eau, l’apnée la maîtrise du souffle. Des apprentissages qui trouvent aujourd’hui leur sens dans les vagues de Nazaré, où quelques secondes peuvent demander des années de préparation.

Cette polyvalence fait de Clément Roseyro l’un des représentants d’une nouvelle génération de « French Watermen », ces surfeurs qui ne veulent plus nécessairement choisir entre les disciplines. Chez lui, cette curiosité est née d’une envie très simple : retrouver du plaisir et continuer à progresser. À force de pratiquer, d’observer et de changer de support, il a développé une lecture particulièrement fine de l’océan. « Je prends autant de plaisir à surfer 20 cm en longboard qu’à aller surfer à Nazaré », explique-t-il. Une phrase qui dit beaucoup de son rapport au surf.

Apprendre à vivre avec la peur
Le surf de grosses vagues est souvent raconté comme une histoire de courage. Clément Roseyro préfère parler de peur. Celle qu’il ressentait déjà lorsqu’il a commencé à s’intéresser aux vagues puissantes, celle qui ne disparaît pas lorsque l’on devient meilleur, mais que l’on apprend progressivement à connaître. Nazaré, Belharra au large de Saint-Jean-de-Luz : dans ces environnements, le danger est réel et l’erreur peut avoir des conséquences immédiates. L’apnée lui a notamment permis de travailler cette relation à la peur et au calme.
“Sous l’eau, il faut apprendre à ne pas gaspiller son oxygène, à contrôler sa respiration et à garder suffisamment de lucidité pour attendre”.
À Nazaré, cette maîtrise devient essentielle. Une vague peut durer quelques secondes, mais ce qui se passe avant et après demande une préparation considérable. Clément ne cherche donc pas à devenir « fearless ». Il cherche plutôt à comprendre ce que la peur lui dit, à rester suffisamment lucide pour prendre la bonne décision et à accepter que le risque fasse partie de l’expérience.

Nazaré, le temps et la ligne
À Nazaré, le temps semble fonctionner autrement. Une vague gigantesque peut ne durer qu’une quinzaine de secondes, parfois davantage, mais pendant ces quelques instants chaque détail compte : le placement, la vitesse, la trajectoire, la respiration, la capacité à rester connecté à ce qui se passe autour de soi. Lorsqu’il évoque ces moments, Clément parle moins de la démesure de la vague que de cette sensation très particulière d’être totalement concentré. Sa montre Tudor Pelagos au poignet, il raconte même avoir imaginé, sous l’eau, les aiguilles continuer à tourner comme son propre cœur : une manière de rester calme et de se rappeler que le temps continue, même lorsque tout semble suspendu. Cette relation au temps rejoint finalement sa vision du surf. Dans les grosses vagues, il ne s’agit pas seulement d’aller vite ou d’aller haut. Il faut trouver la bonne ligne. Celle qui permet de traverser la puissance de la vague tout en conservant quelque chose de fluide et de précis.
L’art du surf
C’est peut-être là que se trouve le fil rouge du parcours de Clément Roseyro. Derrière le big wave surfing, les performances à Nazaré et les images spectaculaires, il reste avant tout un surfeur à la recherche d’un geste juste. Dans Step Up, le film qui retrace son parcours et sa relation aux grosses vagues, ce qui frappe autant que la puissance des images, c’est son sourire. Dans l’eau, Clément semble simplement être à sa place. Il aime être là, observer, chercher une ligne, recommencer. Qu’il soit sur une vague de quelques dizaines de centimètres en longboard ou face à une montagne d’eau à Nazaré, le plaisir semble venir de la même chose : être dans l’océan.
« L’art du surf oui, j’ai envie de faire de belles choses. C’est beau et ça doit rester beau. » Chez Clément, le dépassement ne se mesure donc pas uniquement en mètres ou en hauteur. Il est aussi dans la manière de surfer une vague, de trouver une trajectoire, de jouer avec sa puissance, de remonter et de redescendre sa face, parfois même de placer une figure là où on ne l’attend pas. À Nazaré, où chaque seconde demande une concentration extrême, il ne cherche pas seulement à survivre à la vague ou à aller toujours plus loin. Il cherche la bonne ligne.
C’est peut-être ce qui permet de comprendre son rapport aux grosses vagues. La peur est toujours présente, mais elle n’est pas une fin en soi. Elle fait partie de l’équation, comme l’apnée, la préparation, le placement ou la connaissance de l’océan. Ce qui l’attire, au fond, n’est pas seulement le risque. C’est cette sensation rare de trouver sa place dans un mouvement qui le dépasse. Et de transformer, pendant quelques secondes, une masse d’eau gigantesque en quelque chose de fluide, précis et beau.
Après Nazaré, lorsqu’on lui demande ce qu’il cherche désormais, sa réponse est finalement assez simple : se faire plaisir. Peut-être est-ce aussi cela, l’art du surf : continuer à chercher la vague parfaite, sans jamais perdre le plaisir de simplement être dans l’eau.

CLÉMENT × TUDOR
Depuis plusieurs années, Tudor accompagne Clément Roseyro dans son parcours de surfeur de grosses vagues. De Nazaré à Belharra, cette collaboration s’inscrit autour d’une même idée : la maîtrise du temps, la précision et l’engagement nécessaires lorsque l’océan devient extrême.
Photos TUDOR et Valentin Chalandon








